Wiki sete. Encyclopedie setoise.
 

  Accueil     




>Création de site & hébergement opis internet sete

>Tourisme, culturel, shopping SETE avec opisline.com

 

DEFINITION DE ::  DI NITTO



Portrait d'un amoureux de l'écriture : Paul-René Di Nitto.

On ne présente plus aux Sétois Paul-René Di Nitto... beaucoup l'on reçu dans l'intimité de leur foyer, chaque soir, à l'heure des actualités régionales sur FR3; beaucoup le lise, chaque dimanche, dans Midi Libre; et nombreux sont ceux qui ont eu le désir et le plaisir de feuilleter ses livres pour retrouver la photo d'un aïeul, d'un ami ou le souvenir d'une vieille histoire locale.

Avec sa complicité, nous avons voulu revenir sur son propre passé... car de ce grand témoin de notre vie régionale que connaissons-nous au juste ?

Le petit Paul-René est né à Sète, presque fils unique, nous confie-t-il, car sa soeur aînée est beaucoup plus âgée. De sa petite enfance, il garde le souvenir d'une vie sans histoire. Les parents décident de tout et l'enfant se laisse porter dans ce bonheur quotidien. Ce qui ne signifie pas que la vie soit facile, son père, ébéniste d'art, travaille d'arrache-pied et l'argent, durement gagné, permet de vivre mais certainement pas de faire fortune. Une famille modeste où la mère occupe une place importante.

La religion est importante également chez les Di Nitto, et le petit Paul-René passera toute sa scolarité dans les écoles privées de Sète puis chez les bons pères, dans les Hauts-Cantons. Il y a bien sûr le choix de la mère qui rêvait de voir son fils devenir évêque. Pourquoi pas, il y a déjà eu un évêque dans la famille. Et puis, il y a les circonstances : c'est la guerre, Sète est déclarée zone sensible, les allemands sont partout, on craint un débarquement, la ville est évacuée... et sera bombardée trois fois.

C'est dans ces circonstances que Paul-René passera son adolescence dans un collège du nord du département... un établissement qui deviendra célèbre pour avoir accueilli un certain Roger Peyrefitte, auteur du roman "les amitiés particulières"... un brûlot pour l'époque. Un auteur qu'affectionne particulièrement Paul-René, pour son style magnifique, et il nous confie avec gourmandise qu'il connaît toute son oeuvre.

 

C'est au milieu des soutanes que le petit Paul-René découvre les joies de l'adolescence dans une vie de pensionnaire bien réglée. Bien sûr, de temps en temps, on fait le mur, avec les copains, la nuit, pour aller manger des pommes dans le champ voisin... mais la vie est si dure durant ces années de guerre que les estomacs vides crient famine.

Le moule que ses parents avaient confectionné commence à se fissurer : l'enfant se met à réfléchir, à penser, à désirer.

Le désir ! C'est cela qui mettra définitivement fin à la carrière d'évêque de Paul-René.

Avec l'arrivée de la puberté, la nature affirme ses choix. Une autre passion s'affirme chez le jeune homme : celle d'écrire... écrire pour le plaisir d'écrire.

C'est également la découverte de la presse écrite et Paul-René passe tout son maigre argent de poche dans des journaux et magazines. Son choix est fait : il sera journaliste !

La révolte gronde dans la famille : journaliste, et pourquoi pas saltimbanque. La maman, autoritaire certes mais soucieuse de voir son fils avec un métier sécurisant, le pousse à passer des concours pour rentrer dans l'administration. A cette époque, il n'est pas question de claquer la porte et de partir avec un petit baluchon sur l'épaule... mais Paul-René résiste et ne veut pas abandonner son idée : il sera journaliste.

Pas question d'aller suivre des cours pour apprendre le métier de journaliste... trop loin (Paris) et parce que trop loin... trop cher. Alors, parce qu'il faut bien ramener un peu d'argent à la maison, Paul-René exerce divers métiers : saute-ruisseau dans une compagnie maritime, vendeur de salle-de-bains... etc...

Et la chance lui sourit un jour par l'intermédiaire d'Henri Delpont. (Henri Delpont est un des grands amis de Georges Brassens, il est connu également à Sète pour avoir dirigé le Théâtre et s'être occupé du tourisme au sein de la municipalité.) Henri le connaît et il sait qu'il cherche à rentrer dans la presse.

Henri Delpont l'aborde un jour dans la rue : "Alors, tu as toujours envie d'être journaliste ? L'Indépendant de Perpignan veut lancer une édition dans l'Hérault, ils cherchent du monde; moi je suis pris ailleurs; alors vas-y" L'Indépendant, ce n'est pas n'importe quoi... un journal déjà centenaire à l'époque. Et c'est ainsi que Paul-René débute dans le journalisme, il n'a pas encore vingt ans. Il fait équipe avec une figure locale: M Mouraille, la caricature du journaliste du XIXème siècle, cheveux longs, une lavallière autour du cou. Un tuteur pour Paul-René même s'il doit abattre tout le travail, mais qu'importe, son rêve se réalise, humblement mais concrètement.

L'aventure ne dure pas longtemps... l'Indépendant se retire du Languedoc pour se retrancher dans ses terres du Roussillon. Mais elle dure suffisamment pour mettre le pied à l'étrier au petit sétois féru d'écriture.

C'est une grande maison d'édition qui recueille le jeune Di Nitto : les éditions Causse Graille et Castelnau. Ils sont connus pour leurs publications en matière de viticulture et d'économie (livres et presse spécialisée) et font travailler 120 personnes. Leur notoriété dépasse les frontières : un bureau à Paris, à Bordeaux et à Alger. Ils éditent des ouvrages en anglais et en allemand.

C'est dans cette grande maison (qui existe toujours sous le nom des éditions Causse, dirigée par Jean-Christophe Causse, le petit fils du fondateur) que Paul-René va se former au métier du livre... il apprendra la technique, le plomb notamment car lil n'y a pas d'informatique et encore moins de PAO à l'époque. Et c'est également dans ce nouveau cadre professionnel que Paul-René commencera à voyager un peu partout en France... un avant-goût du reportage.

Tout en poursuivant sa carrière, Paul-René s'intéresse à cette nouvelle technique qui se démocratise de plus en plus : la radio. La télé n'existait pas encore. Il s'équipe... radio, magnétophone de reportage... sans arrière-pensée, simplement pour le plaisir de satisfaire sa curiosité naturelle.

A Toulouse, une station radio s'installe : Radio Sud. C'est l'ancienne radio des vallées qui émettait depuis la principauté d'Andorre. Tous les jours, de midi à treize heures, elle diffuse un magazine "de l'Atlantique à la Méditerranée" et recherche des correspondants sur toute la côte sud pour son émission. Paul-René propose ses services... et il est pris !

La vie se complique... Paul-René poursuit son travail dans la maison d'édition et tous les midis, il intervient en direct sur Radio Sud. Techniquement, la radio, c'était une époque où il fallait bidouiller... L'aventure se poursuivra très longtemps

La télé fait son apparition... avec l'ORTF et son professionnalisme.


Une anecdote pour bien illustrer le déphasage entre les deux mondes. Régulièrement, Montpellier reçoit un Ministre et tous les médias se précipitent pour interviewer ce dignitaire de l'état. Paul-René arrive avec sa petite bagnole et son magnéto UHER et aperçoit l'équipe de la télé : quatre gars... le cameraman, le preneur de son, l'assistant et le journaliste... en un mot, le grand luxe. Et chacun fait son interview, l'équipe Télé repart et Paul-René rejoint sa voiture, cale tant bien que mal son magnéto sur ses genoux, fait son montage, coincé entre le vide-poches et le levier de vitesse, bidouille ses fiches pour balancer via le téléphone la modulation en direct sur l'antenne. Du bidouillage dont il garde un souvenir merveilleux.

Entre temps, le journal "La Croix de Paris" se lance dans une politique d'information orientée vers la décentralisation. Il faut pouvoir fournir aux lecteurs des informations sur les grandes régions françaises et par la même occasion récupérer un lectorat régional. Pour lancer cette nouvelle politique, le journal se lance à la recherche de correspondants régionaux. Et Paul-René devient correspondant pour le Languedoc tout en se débrouillant avec un emploi du temps déjà bien chargé.

La télé va se rapprocher de son existence au cours d'un déjeuner où se retrouvent une vingtaine de journalistes dont René Raynaud, premier rédacteur en chef de FR3 Montpellier. La télé c'est encore nouveau et toujours en noir et blanc. Tout le monde se connaît dans ce petit milieu de la presse et c'est presque par plaisanterie que Paul-René lance à René Raynaud "Tu n'embauches pas ?". L'arbre est planté... trois mois plus tard, René Raynaud téléphone à Paul-René pour lui proposer d'assurer les journaux parlés de 7h du matin. Ce n'est qu'un remplacement pendant les congés du titulaire mais c'est l'occasion de travailler pour l'ORTF qui regroupait les émissions télé et radio.

Alors là, le planning devient fou et après de longues discussions, la maison d'édition accepte de faire passer Paul-René à mi-temps. Même dans ces conditions, la journée est bien remplie : lever à 4h30, déplacement rapide de Sète à Montpellier chez FR3 pour préparer le journal de 7h, le journal terminé, direction la maison d'édition pour le restant de la matinée, l'après-midi est consacrée à Radio Sud et la Croix de Paris.

Le dimanche, Paul-René se voit confier toutes les missions que les titulaires n'ont pas envie de faire : impossible de refuser. Et notre reporter se voit confier des sujets qu'il n'aurait jamais cru pouvoir traiter. Lui qui ne comprend rien aux sports, se retrouve comme animateur d'une émission sportive.

L'ombre de la télé ne plane pas loin... Le soir de temps en temps, on lui demande s'il est libre parce qu'il y a deux ou trois petits commentaires à faire dans le journal télévisé.

, Paul-René s'essayer au métier de journaliste télé. C'est un nouveau monde qu'il découvre et apprend à maîtriser : celui où l'image est le support principal de l'information, celui où il faut savoir faire un commentaire complet en 30 s... pas une de plus, pas une de moins... et en direct, l'oeil rivé sur l'écran de contrôle pour ne pas rater son début de sujet.

De commentateur, Paul-René est devenu présentateur... pour une vingtaine d'années. Il lui a fallu abandonner ses autres activités mais il ne regrette rien. La télévision lui a permis de voyager, de connaître toutes sortes de gens différents et de traiter des sujets très variés allant de la gastronomie à l'ésotérisme.

C'est aussi l'apprentissage de la vie en collectivité, ce qui n'est pas évident car les journalistes sont de grands individualistes. Tout le monde se tutoie, du patron au pigiste,. On se parle librement et si on a envie de se dire des choses désagréables, on se les dit, ce qui n'empêche pas d'avoir ensemble des moments de grandes rigolades.

Le temps passant, l'échéance de la retraite se fait sentir et le plus très jeune Paul-René se retrouve avec la trouille au ventre : "Que vais-je faire après ?" Une peur non fondée... comment imaginer Paul-René ne rien faire, lui dont l'encre est intarissable.

C'est à New-York, sur la 5ème avenue, lors d'un voyage des jeunes bacheliers sétois, que naît l'idée d'une rubrique dans le Midi Libre. M Lacan, qui est du voyage également, propose à Paul-René de s'occuper d'une série d'articles sur Sète. Ils en parlent aux States... et quelques mois après, en reparlent à Sète et depuis, Midi Libre ouvrent ses colonnes, tous les dimanches, à Paul-René pour l'évocation du passé de notre île singulière. Un rendez-vous très apprécié par les lecteurs.

Le monde de l'édition est venu croiser de nouveau le chemin de Paul-René par l'entremise de Jean Brunelin. Jean Brunelin s'intéresse, à l'époque, à Cettare pour la cuisine. Après un voyage dans ce charmant petit port italien, Jean téléphone à Paul-René et lui communique son engouement pour ce port si sétois qu'est Cettare. Le livre prendra forme après un séjour des deux complices sur la Marine italienne.

Chez le même éditeur (Espace Sud), deux livres paraissent regroupant les chroniques de Paul-René sur le passé de Sète à travers ses faits divers, ses mémoires et ses nostalgies.

Enfin, pour rendre à Jean Brunelin sa politesse, Paul-René l'invite à découvrir Gaette, ville natale de son père, dans la grande baie napolitaine si riche en chansons et en petits plats méditerranéens.


Paul rené Di Nitto est décédé  en début d'année 2007.